Métier : vulgarisateur

 

Partager son amour de la science avec le public : quel beau métier que celui de vulgarisateur !

Mais de quelle profession parle-t-on exactement ? 

Petite revue (non exhaustive) des métiers de la vulgarisation et de leurs conditions d’exercice.

 

Lire la suite 2 commentaires

Quelles formations à la vulgarisation souhaitez-vous ?

Chercheurs, vulgarisateurs, venez donner votre avis sur les formations idéales matière de vulgarisation

 

Lire la suite 2 commentaires

Dix bonnes raisons de vulgariser

 

Pourquoi vulgariser ? C’est un sujet que j’ai déjà traité, car il me tient à cœur. Mais aujourd’hui, je souhaite lancer un débat et recueillir vos témoignages. Pourquoi vulgarisez-vous ? Pourquoi cela vous semble-t-il important, ou au contraire, une perte de temps ? Quelle sont les raisons profondes qui vous font parfois braver le scepticisme voire la réprobation de vos collègues, pour partager vos connaissance avec des non-experts. J’ai ici recensé dix motivations, il en existe sûrement plein d’autres !

 

 

 

Lire la suite 4 commentaires

Chercheurs et liberté d'expression


Les attentats contre Charlie Hebdo ont fait ressortir un risque méconnu : celui de l’autocensure. Si celle-ci concerne surtout les médias, elle n’épargne pas les chercheurs, dont beaucoup n’osent pas s’exprimer, surtout sur les sujets polémiques. Pourtant, la liberté d’expression des chercheurs et enseignants est particulièrement protégée.


Les chercheurs peuvent-ils s’exprimer comme ils veulent dans les médias, ou doivent-ils en référer à leur hiérarchie ? Les institutions scientifiques peuvent-elles s’arroger le droit de valider les propos de leurs chercheurs avant diffusion ? Quid de la participation des chercheurs aux réseaux sociaux ? Autant de questions qui se posent très vite à tout scientifique désireux de s’exprimer ailleurs que dans les revues spécialisées.


Sept organismes de recherche [1] viennent de publier une Charte nationale de déontologie des métiers de la recherche, dans laquelle un chapitre concerne la communication. Il y est notamment inscrit « la liberté d’expression et d’opinion s’applique dans le cadre légal de la fonction publique, avec une obligation de réserve, de confidentialité, de neutralité et de transparence des liens d’intérêt. Le chercheur exprimera à chaque occasion à quel titre, personnel ou institutionnel, il intervient et distinguera ce qui appartient au domaine de son expertise scientifique et ce qui est fondé sur ses convictions personnelles. La communication sur les réseaux sociaux doit obéir aux mêmes règles. »


Cette charte risque de ne pas beaucoup aider les chercheurs avides de partager leur passion avec le plus grand nombre. A aucun moment, elle n’explique ce qu’est l’obligation de réserve des fonctionnaires, qui n’a rien à voir avec une obligation de se taire ou de faire valider ses propos. Elle ne précise pas que l’obligation de confidentialité ne concerne que les travaux soumis au secret industriel ou au secret défense. L’obligation de neutralité est encore plus absconse, et pourrait faire croire que le chercheur n’a pas le droit de donner son opinion.


D’où l’utilité d’expliquer les droits et devoirs des fonctionnaires en matière d’expression publique. Rappelons-le tout de suite : à la base, il y a la liberté d’expression, affirmée par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. L’article 19 précise que « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »


Ce droit ne s’arrête pas à la porte du bureau : la liberté d’expression est garantie aussi au travail. Ainsi, pour les salariés du privé, le Code du travail précise que « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. » (article L1121-1). La règle de base est donc la liberté d’expression, qui comporte bien sûr des restrictions (secret industriel, obligation de loyauté envers son entreprise…) En dehors de son entreprise, le salarié jouit de sa pleine liberté d’expression, comme n’importe quel citoyen, dans la limite de la loi.


Côté fonctionnaires, ce n’est pas le code du travail qui s’applique, mais les principes sont proches. L’article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires précise bien que « la liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires ». Cette même loi ne mentionne pas le moindre devoir de réserve. Cependant, il existe un principe de neutralité de la fonction publique. Cela ne signifie pas qu’un fonctionnaire n’a pas le droit de s’exprimer ni de donner son opinion. Simplement, « le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l'instrument d'une propagande quelconque. » Un instituteur, par exemple, ne pourra pas faire de propagande politique ou religieuse dans sa classe. Mais en dehors de son établissement, il peut tout à fait être militant politique ou religieux !

Donc clairement, en dehors de son temps de travail, le chercheur s’exprime comme il veut, sur des sujets polémiques s’il le souhaite, il peut militer à sa guise… Qu’en est-il lorsque le chercheur s’exprime dans le cadre de ses fonctions ?


L’article L952-2 du Code de l'éducation précise que « les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d'une pleine indépendance et d'une entière liberté d'expression dans l'exercice de leurs fonctions d'enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d'objectivité. » S’il est assez flou, ce texte montre néanmoins que, parmi les fonctionnaires, les chercheurs et enseignants chercheurs jouissent d’une liberté d’expression particulièrement grande.


Le Conseil constitutionnel vient renforcer cette interprétation : dans sa décision du 28 juillet 1993 sur la Loi relative aux établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel , il précise que « le statut des établissements d'enseignement supérieur ne saurait limiter le droit à la libre communication des pensées et des opinions garanti par l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen que dans la seule mesure des exigences du service public en cause ». Il ajoute   que « par leur nature, les fonctions d'enseignement et de recherche exigent, dans l'intérêt même du service, que la libre expression et l'indépendance des enseignants-chercheurs soient garanties ». Libre expression garantie, on ne saurait être plus clair ! [2]


Bien-sûr, tout ne se règle pas devant les tribunaux : le fait qu’un chercheur ait le droit de s’exprimer ne signifie pas que personne ne fera pression sur lui. Notamment, les chercheurs non titulaires (doctorants, post-doctorants, ATER…) ont tout intérêt à ne pas faire de vague. D’autres craignent pour leurs crédits ou leur carrière. Mais ce risque est-il aussi grand que certains l’imaginent ?


Chercheurs, vous sentez-vous libre de vous exprimer comme vous le souhaitez ? Hésitez-vous à aborder des sujets polémiques ? Vous sentez-vous soutenu par votre hiérarchie dans votre volonté de communiquer ? Avez-vous déjà subi des pressions pour ne pas exprimer certaines opinions ? Votre avis m’intéresse !


Cécile Michaut

 

 

[1] Le CNRS, l’Inra, l’Inserm, la Conférence des présidents d’université, le Cirad, l’IRD et l’INRIA.


[2] Une partie de ce texte est tiré de mon ouvrage Vulgarisation scientifique, mode d’emploi
Lire la suite

Communiquer efficacement, c'est vital

Bien communiquer est parfois une question de vie ou de mort. Comme au Nigéria, où l’épidémie d’Ebola a été en partie stoppée grâce à une campagne claire et efficace.

 

L’épidémie d’Ebola au Nigéria est officiellement terminée, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Une réussite impressionnante, alors que d’autres pays comme le Libéria se débattent encore avec ce virus responsable de fièvres hémorragiques, mortel dans plus de la moitié des cas. Quel est le secret du Nigéria ? Selon Rue89, c’est en partie grâce à une campagne de prévention et d’information massive via les télécoms et sur Internet que le pays le plus peuplé d’Afrique s’est débarrassé d’Ebola.

 

Avant tout, il fallait un message clair. Qu’est-ce qu’Ebola ? Comment se transmet-il ? Ou encore comment se protéger ? Les réponses tiennent en une ou deux phrases très simples, utilisant des mots de tous les jours, et compréhensibles par tous. Des informations supplémentaires sont disponibles facilement, notamment pour les personnels de santé. Il était important également de démonter les fausses rumeurs qui se propagent parfois plus rapidement que les virus !

 

Ce message devait également être massivement diffusé. Dans un pays aussi grand et peu pourvu en infrastructures, avec une population aussi jeune, les médias les plus adéquats sont Internet et le téléphone. Une plateforme, Ebola Alert, a ainsi été mise en place, et les informations largement relayées sur les réseaux sociaux. Plus percutant encore, une application pour smartphones décrivait ce qu’il fallait faire ou éviter.

 

Bien vulgariser passe parfois par un geste simple et symbolique, comme celui de Barack Obama enlaçant une infirmière américaine guérie d'Ebola, afin de rappeler avec force qu'elle n'est plus contagieuse.

 

Bien sûr, la campagne d’information n’est pas à elle seule capable d’éradiquer une épidémie : le système de santé, la mobilisation générale du pays ont un rôle crucial. Mais une communication réussie est une condition sine qua non du succès. De quoi motiver les vulgarisateurs et communicants !

 

Cécile Michaut

Lire la suite 0 commentaires

Etes-vous encouragés à vulgariser ?

Et si notre capacité à vulgariser dépendait aussi de nos collègues ? D’après Cédric Villani, médaille Fieds et grand vulgarisateur, l’environnement professionnel est crucial pour développer le goût de la vulgarisation.

 

« L’Ecole nationale supérieure de Lyon, où j’ai mené la majorité de mes recherches, est un des endroits les plus en pointe en pédagogie et en vulgarisation. J’ai assisté à des conférences de grands vulgarisateurs, comme Etienne Ghys, auteur d’un DVD sur les dimensions en mathématiques, avec de nombreuses animations. Et surtout, l’esprit général encourageait à vulgariser, même en séminaire. »[1]

 

Un esprit absent dans d’autres lieux de recherche, où l’on préfère rester entre spécialistes. « Même à l’époque d’Internet, la culture est différente selon les lieux de recherche, le fait d’être physiquement à tel ou tel endroit forge l’esprit différemment. La vision du rôle du chercheur envers la société n’est pas la même. Pour moi, le rôle du vulgarisateur est de montrer comment la recherche est belle, il faut surtout éviter de faire la morale. »

 

Et vous, votre environnement de travail vous pousse-t-il à partager vos savoirs avec le plus grand nombre ? Ressentez-vous de la bienveillance envers ceux qui s'essaient à cet exercice difficile ? Ou vulgariser reste-t-il mal vu autour de vous ? Quels sont les facteurs qui encouragent ou découragent les chercheurs à vulgariser ?

 

Cécile Michaut

 

Propos tirés de Vulgarisation scientifique, mode d’emploi.

Lire la suite 2 commentaires

Pourquoi vulgariser ?

Partager vos recherches avec des non-spécialistes ne vous fera pas progresser dans votre carrière ni recevoir la considération de vos collègues. Alors pourquoi vulgariser ? A chacun ses raisons, en voici quelques unes

 

-          Informer les citoyens, surtout sur les sujets « sensibles », depuis les OGM jusqu’au nucléaire en passant par les recherches sur les embryons, les gaz de schiste, les ondes électromagnétiques ou les études de genre.

 

-          Montrer aux contribuables à quoi est utilisé l’argent dépensé pour la recherche.

 

-          Faire naître des vocations : combien de personnes font aujourd’hui de la recherche grâce à une discussion avec un chercheur passionné, ou une visite, enfant, au Palais de la Découverte ?

 

-          Faire progresser ses recherches, en prenant du recul et en se posant des questions qu’on ne s’était pas posées depuis longtemps.

 

-          Trouver des financements. En effet, même s’il ne s’agit pas ici de vulgarisation grand public, toute demande de financement s’adresse à une commission dont les membres ne sont pas forcément de votre spécialité.

 

-          Mais la raison principale (et sans laquelle on se lasse très vite), reste le plaisir de partager sa passion de la science avec  le plus grand nombre.

 

Et vous, pourquoi vulgarisez-vous ?

 

 

Cécile Michaut

Lire la suite 4 commentaires

La vulgarisation scientifique sur Wikipedia

 

 

 

Wikipedia fête ses 15 ans !

C'est le site qui apparaît en premier lorsqu'on cherche une information sur le web. C'est pourquoi Wikipedia ne peut pas laisser le vulgarisateur indifférent. Reste  à en apprendre les usages.

 

 

 

 

 

 

Lire la suite

La bataille du climat se joue aussi sur la vulgarisation


Le succès ou l’échec de la COP21 se décidera bien-sûr lors des négociations entre États, mais aussi auprès du public.


Les dirigeants et leurs représentants aux négociations de la COP21 seront d’autant plus enclin prendre des décisions fortes sur le climat que leurs opinions sont conscientes des dangers du réchauffement climatique. Bien vulgariser les questions climatiques est donc un enjeu majeur, auquel se sont attelés nombre de journalistes et d’organismes. Un exercice plutôt réussi.


Des sites pour comprendre

Ainsi, le site du gouvernement sur la COP21 vient de publier une page très claire destinées à réfuter les arguments des climatosceptiques. On y rappelle que non, le réchauffement ne s’est pas arrêté en 1998, et que les variations de l’activité solaires ne suffisent pas à expliquer le changement climatique. D’autres, comme le site d’information Novethic, ont misé sur des cartes interactives, certes parfois plus difficiles à comprendre, mais utiles notamment pour appréhender les ordres de grandeur. Les amateurs de vidéos ne sont pas oubliés, avec par exemple cette superbe infographie du Monde permettant de comprendre le réchauffement en moins de 4 minutes.


Bien placés sur Google

Bien-sûr, les climatosceptiques et autres adeptes de diverses théories du complot trouveront toujours de quoi nourrir leurs fantasmes. Mais ceux qui cherchent de bonne foi des explications sur ce qu’est le climat, comment on le modélise, pourquoi on sait qu’il se réchauffe, et notre part de responsabilité, trouveront facilement de quoi satisfaire leur curiosité. En particulier, il est très positif que la première page de Google – généralement la seule consultée – lorsqu'on tape le mot "climat" ne renvoie qu’à des sources fiables comme l’incontournable Wikipedia, les articles du Monde sur le climat et la COP21, Météo France, ou Le climat en question, site créé par l’Institut Pierre-Simon Laplace (qui regroupe les principaux laboratoires de climatologie en France).


Et les télés ?

Reste à savoir si les télévisions – qui restent le média le plus consulté – seront aussi pédagogiques, et surtout à quels experts elles donneront la parole lors de la COP21. Aux vrais climatologues ? Ou aux « bons clients » médiatiques quelles que soient leurs connaissances en climatologie ? Là, le manque de journalistes spécialisés en sciences, ou ayant simplement une certaine culture scientifique risque de se faire cruellement sentir.


Cécile Michaut

 

3 commentaires

Quand les doctorants deviennent des stars : la thèse en vidéo

Ils ont tout compris, les doctorants rennais ! Ils veulent faire connaître leurs travaux au public, et savent que le meilleur moyen de le toucher passe par des vidéos courtes, ludiques et toniques. Ils ont donc organisé le festival Sciences en cour[t]s, où des étudiants en thèse réalisent un court métrage sur leurs travaux.

 

Résultat : des petits bijoux d’humour, d’énergie et de rigueur scientifique. On sent que les doctorants ont beaucoup travaillé, mais se sont surtout beaucoup amusés pour monter des scénarios plus ou moins loufoques afin de mettre en scène leur sujet de thèse sans ennuyer le spectateur.

 

Qu’on le regrette ou qu’on s’en réjouisse, la vidéo est aujourd’hui un moyen incomparable pour communiquer. Surtout vis-à-vis d’un public non scientifique, plus facilement rebuté par un texte, mais séduit par le côté dynamique et plus distrayant de la vidéo… qui peut pourtant apporter autant, ou même plus d’informations qu’un article !

 

Aujourd’hui, filmer et réaliser un montage vidéo est à la portée de tous. Le prix des caméscopes a largement baissé, et de nombreux logiciels de montage vidéo gratuits sont accessibles. La difficulté n’est pas dans la technique, maîtrisée au bout de quelques essais, mais dans la conception d’un scénario de qualité, et dans la performance du jeu des acteurs. Mais on ne demande pas aux doctorants d’être des cinéastes ou des stars de l’écran, et une petite dose d’amateurisme apporte de la fraîcheur à ces films.

 

Mon souhait : que ce festival se répande dans toutes les universités et tous les organismes de recherche, à l’image d’une autre initiative qui rencontre aujourd’hui un grand succès, Ma thèse en 180 secondes. Et qu’ainsi émerge une génération de scientifiques convaincus de la nécessité de vulgariser, et brillants médiateurs !

 

Cécile Michaut

Lire la suite 1 commentaires

Que sait le grand public ?

Une étude publiée le 14 février par la Fondation nationale des sciences américaine, et reprise par Le Monde, a ébahi nombre de  lecteurs et internautes, et a été largement commenté sur les réseaux sociaux.

 

Selon cette étude menée auprès de 2 200 personnes aux Etats-Unis, 26 % des Américains ignorent que la Terre tourne autour du Soleil et 52 % ne savent pas que l'homme a évolué à partir d'espèces précédentes d'animaux.

 

Certains en ont profité pour se moquer des Américains, ignares ou contaminés par les créationnistes… Pourtant, une étude similaire menée en 2005, montrait que les Européens n’ont pas de leçons à donner : s’ils sont meilleurs sur la théorie de l’évolution (70 % admettent que l’Homme a évolué à partir d’autres animaux), ils sont 29 % à croire que le Soleil tourne autour de la Terre,  et 23 %  à penser que les premiers humains ont vécu conjointement avec les dinosaures. Sans parler des 46 % qui supposent que les bactéries tuent les virus, ou les 23 % qui estiment que les électrons sont plus gros que les atomes.

 

Vous êtes étonné par ces résultats ? C’est probablement que vous côtoyez tellement souvent des  personnes cultivées que vous êtes déconnecté du niveau réel du public. Beaucoup de scientifiques, lorsqu’ils s’adressent au « grand public », imaginent une personne de niveau bac, parfois même bac scientifique.

 

C’est oublier que, si 80 % d’une classe d’âge décroche aujourd’hui ce précieux sésame, beaucoup sont dans des filières littéraires, économiques ou professionnelles, où la part des sciences reste faible. D’autre part, une personne qui a le bac depuis plusieurs années a oublié la plupart des connaissances qu’il n’utilise pas régulièrement. C’est pourquoi pour la plupart des vulgarisateurs, le grand public a le niveau d’un élève de troisième.

 

Autre erreur fréquente : croire qu’une notion scientifique utilisée fréquemment dans les médias ou les séries télévisées est comprise du grand public. Par exemple, si « Les experts » parlent d’analyse ADN  sur une scène de crime, doit-on en conclure que le public sait ce qu’est l’ADN, voire connaît les méthodes d’analyse ou les informations qu’on peut tirer de ce matériel génétique ? Bien sûr que non.

 

Connaître son public, ce qu’il sait, ce qu’il imagine, ses envies et ses attentes, est la première étape de tout vulgarisateur. Les études sur les connaissances des citoyens sont alors une aide précieuse. 

 

Cécile Michaut

0 commentaires

Trois conférences en trente minutes : un succès

Pioupiou, animal du cirque quantique. Photo V. Huygues
Pioupiou, animal du cirque quantique. Photo V. Huygues

Belle initiative de l’université Paris-Sud et la Diagonale Paris-Saclay aujourd’hui à l’université d’Orsay : le premier « science break », un format inédit de conférences pour un large public.

 

Trois physiciens se relaient pour des conférences de 10 minutes chacune, basées sur des expériences. Un format  court, un style dynamique, le tout suivi… d’un apéro. Bref, de quoi fidéliser ceux qui aiment les sciences mais détestent les présentations soporifiques.

 

Vous pensiez que le sillage des bateaux n’avait plus de secrets ? C’est aussi ce que pensaient les physiciens, depuis que Lord Kelvin, il y a plus de 100 ans, avait montré que l’angle du sillage était toujours de 19,47 degrés, quels que soient la taille et la vitesse du bateau. En demandant à ses étudiants de le vérifier par l’expérience, Marc Rabaud s’est aperçu c’était faux ! Intrigué, il a refait les expériences, et surtout, s’est appuyé sur les photos de sillages de bateaux disponibles sur Google Earth. Résultat sans appel : l’angle du sillage dépend de la vitesse du bateau.

 

De son côté, Wibke Drenkhan, lauréate du prix Irène Joliot-Curie de la "Jeune Femme Scientifique" en 2013, a raconté comment était née sa passion pour les mousses. Rien de plus simple, pense-t-on, qu’une mousse, puisqu’il suffit d’eau, d’air et de savon pour en créer. Pourtant, selon la manière dont on le fabrique, ses propriétés sont très différentes. Il peut couler comme un liquide, ou rester presque solide. Les industriels de l’agro-alimentaire, de l’hygiène et même la Défense, s’y intéressent. Aujourd’hui, Wibke Drenkhan, qui avait toujours hésité entre art et science combine ses deux passions en fabriquant… des sculptures de mousse. « Les tiroirs sont dans nos têtes », conclut-elle.

 

Mais la star, c’est lui : Pioupiou, une sorte d’oiseau en bois dont les fesses sont un gros aimant, imaginé par Julien Bobroff. Ce physicien, créateur d’un groupe de recherche sur les nouveaux modes de diffusion de la recherche, veut réinventer la vulgarisation. En présentant pour la première fois son « cirque supraconducteur quantique », il a conquis l’amphithéâtre bondé de l’université d’Orsay.

 

« Il faut des objets rigolos et mignons pour parler de physique quantique dans les écoles », explique-t-il en nous présentant Pioupiou, le premier animal de son cirque quantique. Après avoir refroidi un cylindre en céramique supraconductrice dans l’azote liquide, il montre que Pioupiou lévite, « sans trucage » précise-t-il.

 

Mieux, Pioupiou suit l’aimant, comme s’il était accroché, contrairement à ce qui se passe lorsqu’on fait léviter un objet sur un jet d’air. Place ensuite à Tchoutchou, un train supraconducteur se déplaçant sur des aimants, même quand on les mets à l’envers. « C’est une démonstration en direct des propriétés étonnantes des ondes quantiques », s’enthousiasme Julien Bobroff.

 

Une bien belle expérience de médiation scientifique, claire et ludique. A refaire !

 

Cécile Michaut

0 commentaires

Les MOOCs vont-ils bouleverser l'enseignement ?

Les Mooc font peur

Aujourd’hui se tient à Nantes un colloque très intéressant sur les MOOCs, les massive online open courses, autrement dit des cours disponible à distance, ouverts à tous, grâce aux technologies numériques. Ces MOOCs existent déjà largement en Amérique du Nord, et les universités françaises commencent à s’y intéresser. Ils engendrent aussi beaucoup de craintes, par exemple le remplacement de professeurs par l’ordinateur pour des raisons budgétaires.

 

Nouvelles méthodes

Si les MOOCs se développent, ce qui est très probable, ils modifieront forcément la manière d’enseigner : un MOOC n’est pas un cours d’amphi filmé ! Pourtant, « on ne part pas de rien, le MOOC est une formation à distance, même s’il touche un grand nombre d’étudiants, a souligné Anne-Cécile Grolleau, conseillère pédagogique à l’université de Nantes, lors de la première table-ronde. Or, les recherches sur la formation à distance existent depuis 20 ans. » Néanmoins, les MOOCs posent de nouvelles questions : comment gérer plus de mille étudiants ? Comment l'étudiant construit-il son parcours ? Quid des certificats ?

 

Séduire

Le MOOC change le rapport enseignant-élève, rappelle Loïc Le Gac, fondateur de Thinkovery : l’étudiant n’est pas obligé de venir au cours virtuel, il apprend à son rythme, parfois dans le désordre… il faut davantage le séduire ! Le cours doit être écrit de manière spécifique, avec une scénarisation, des vidéos, des quizz, des liens vers d’autres ressources, des forums, et tout ce qui reste à inventer avec les outils numériques. D’autres métiers s’insèrent entre le professeur et les étudiants, comme des concepteurs de dispositifs pédagogiques.

 

Interagir

Pour Denis Gillet, maître d’enseignement et de recherche à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), « le plus révolutionnaire dans les MOOCs est le support et l’évaluation par les pairs. Il faut déléguer à une plate-forme le côté rébarbatif de l’enseignement, et davantage interagir avec les étudiants ».

 

Incertitudes

De nombreuses questions restent encore en suspens. Le droit d’auteur des enseignants, la protection des données des usagers, la fracture numérique (tous les étudiants n’ont pas ces usages sociaux), ou la délivrance de diplômes. Et, bien sûr, la question du financement ! Jean-Marc  Nourel, fondateur d’Eduklab, cite le crowdfounding, mais l’argent peut aussi provenir de la publicité, de la vente de certificats, de produits dérivés comme les livres… Le MOOC peut aussi être un produit d’appel pour une formation plus classique. Enfin, il peut être co-construit, à la manière de Wikipedia, souligne Jean-Marie Gilliot, chef de projet MOOC à l’Institut Mines Télécom. Ils peuvent également être considérés comme un investissement en communication dans la gigantesque bagarre que se livrent les universités mondiales pour attirer les étudiants.

 

Malgré les questions et les inquiétudes autour des MOOCs, ce concept est réellement enthousiasmant !

 

Cécile Michaut

0 commentaires

Cédric Villani : "Un politique qui vous voit dans les médias vous financera plus facilement"

Méfiance envers les journalistes

« Pourquoi perdre du temps avec des journalistes ? », se demandent beaucoup de scientifiques. Manque de temps, donc, mais aussi crainte que ses propos soient déformés, méfiance envers les médias, difficultés à expliquer simplement ses recherches,… les raisons d’ignorer la presse sont nombreuses.

 

Médias incontournables

Pourtant,  même si les chercheurs peuvent aujourd’hui communiquer directement sur leurs travaux, via les réseaux sociaux, les blogs, les sites personnels, ou  la médiation scientifique (conférences ou fêtes de la science par exemple), les médias restent incontournables dès qu’on souhaite toucher un large public.

 

Notoriété

« Un politique qui vous voit dans les médias vous financera plus facilement », a affirmé hier Cédric Villani au colloque « Sciences et médias – l’enjeu du numérique » organisé conjointement par la Société française de physique (SFP), la Société française de chimie (SFC), la Société mathématique de France (SMF) et la Société de mathématiques appliquées et industrielles (SMAI). A l’heure où le scientifique doit aller chercher âprement des financements pour ses recherches, négliger la possibilité de parler de vos travaux dans les journaux est une erreur !

 

Se former

Et si les médias vous font peur, rien ne vous interdit de vous former pour mieux vulgariser. « Un bon stage, ça change tout », soulignait Cédric Villani lors de cette conférence. Lui, si à l’aise aujourd’hui dans les médias, rappelle que sa première interview était mauvaise. Et des formations, il en existe, à commencer par celles que propose Science et partage !

 

Cécile Michaut

0 commentaires