lun.

04

mai

2015

Dix bonnes raisons de vulgariser

 

Pourquoi vulgariser ? C’est un sujet que j’ai déjà traité, car il me tient à cœur. Mais aujourd’hui, je souhaite lancer un débat et recueillir vos témoignages. Pourquoi vulgarisez-vous ? Pourquoi cela vous semble-t-il important, ou au contraire, une perte de temps ? Quelle sont les raisons profondes qui vous font parfois braver le scepticisme voire la réprobation de vos collègues, pour partager vos connaissance avec des non-experts. J’ai ici recensé dix motivations, il en existe sûrement plein d’autres !

 

 

 

Des raisons personnelles

 

1-      Faire progresser ses recherches

Tous les vulgarisateurs le savent : vulgariser oblige à réfléchir sur les bases de sa discipline, et à se poser des questions que l’on avait perdues de vue depuis longtemps. Cette prise de recul est bénéfique pour trouver de nouvelles idées. D’ailleurs, une étude publiée en 2008 par le physicien Pablo Jensen a montré que, contrairement aux idées reçues, les personnes les plus actives en vulgarisation obtenaient en moyenne plus de promotions que les autres (sans qu’on puisse en déduire des liens de cause à effet).

 

2-      Se faire recruter

Si vous candidatez à un poste de maître de conférences ou dans un organisme de recherche, tous les membres du jury ne seront pas spécialistes de vos recherches. Et pour un emploi dans l’industrie, c’est encore plus vrai. Pourtant, il vous faudra convaincre vos interlocuteurs de la qualité de vos travaux, donc leur expliquer clairement ce que vous avez fait et ce que vous avez appris. Il s’agit bel et bien de vulgarisation, même si celle-ci ne s’adresse pas au grand public.

 

3-      Trouver des financements

Là encore, comment convaincre un jury de l'Agence nationale de la recherche (ANR) ou un financeur de start-up de vous financer, si vous êtes incapable d’expliquer clairement vos travaux et leurs retombées ? Avec l’essor des financements sur projets et des collaborations avec le secteur privé, expliquer et convaincre devient un point clé pour tout chercheur. « Un politique qui vous voit dans les médias vous financera plus facilement », souligne ainsi Cédric Villani.

 

4-      Favoriser les collaborations pluridisciplinaires

Deux physiciens de domaines différents ont parfois du mal à se comprendre. Alors que dire des collaborations mathématiciens-biologistes, ou physiciens-sociologues ! Il faut s’intéresser à ce que connaît l’autre, son vocabulaire spécifique, ses manières de raisonner, et expliquer les spécificités de sa propre discipline.

 

5-      Se faire connaître

Bien qu’elle soit souvent un travail d’équipe, la science est aussi une activité très compétitive, où seuls quelques-uns parviennent à décrocher les postes permanents et les financements. Or, dans cette compétition féroce, être connu est un atout indéniable. Certes, les chercheurs sont surtout reconnus grâce à la qualité de leurs travaux, mais avoir des activités vis-à-vis du grand public augmente cette visibilité.

 

Des raisons altruistes

 

6-      Un devoir vis-à-vis des contribuables-financeurs

Même si de plus en plus d’argent privé vient compléter les budgets des labos, les chercheurs sont majoritairement financés par des fonds public. Cela crée des devoirs vis-à-vis des citoyens qui permettent, grâce à leurs impôts, de mener ces recherches. Certes, ils bénéficient des retombées de ces travaux, mais ils ont également le droit de connaître les avancées de la recherche.

 

7-      Informer les citoyens

Les sciences et les technologies qui en découlent ont un impact sur nos vies. La liste des découvertes scientifiques ayant eu des retombées est bien trop longue pour être déroulée, il serait plus court de répertorier celles qui n’ont pas débouché sur des applications.  Or, les citoyens ont un droit de regard sur ces applications. Par leur vote et leur action public (via des associations notamment), ils peuvent influer sur des décisions technico-scientifiques. Encore faut-il qu’ils soient informés ! C’est le travail des journalistes, mais aussi des scientifiques eux-mêmes.

 

8-      Faire naître des vocations scientifiques

Combien de chercheurs exercent aujourd’hui ce métier grâce à un oncle scientifique et passionné, un animateur au Palais de la Découverte, ou encore un prof génial ? Rien de mieux que de partager son enthousiasme pour faire naître une vocation. A l’heure où les filières scientifiques peinent à recruter, parler de son métier autour de soi peut faire découvrir et aimer la science, et pourquoi pas créer des vocations. C’est encore plus important vis-à-vis des filles, peu encouragées à faire de la science. D’où la nécessité d’encourager les vulgarisatrices, qui seront des modèles pour les jeunes femmes.

 

9-      Rencontrer des gens

La science est une maîtresse exclusive et ombrageuse. Quoi que passionné, le scientifique a parfois besoin de vivre autre chose. Combien de stagiaires, lors de mes formations à la vulgarisation, citent comme motivation « sortir du labo » lorsque je leur demande pourquoi vulgariser ! Et oui, il est parfois bon de discuter avec d’autres personnes que ses collègues, et la vulgarisation est une activité idéale pour cela.

 

10-   Pour le plaisir !

Sans plaisir, les neuf autre raisons ne tiendront pas longtemps ! La vraie et principale raison de vulgariser est que c’est un vrai bonheur. Le scientifique est un amoureux des sciences, et le vrai amoureux souhaite clamer sa passion à la terre entière. Quel bonheur lorsqu’on parvient à expliquer clairement une notion complexe, au moment où l’on voit une lueur de compréhension s’allumer dans le regard des interlocuteurs, ou quand des dizaines de mains d’enfants se lèvent après une présentation réussie ! Car oui, vulgariser est avant tout le plaisir de partager.

 

Et vous, pourquoi vulgarisez-vous ? Débat à poursuivre ici et sur twitter avec le hashtag #JeVulgariseCar

 

Cécile Michaut

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Commentaires : 4
  • #1

    Anaïs (vendredi, 08 mai 2015 00:05)

    Bonjour, je vous suis tout à fait dans votre questionnement et je trouve ça très important de se poser la question "pourquoi vulgariser" avant même de le faire.

    Les premiers arguments, qui concernent de loin ou de près la carrière d'un chercheur scientifique me paraissent pourtant bien malheureux. La vulgarisation grand public ne devrait pas être une nécessité dans le métier de chercheur. Bien sur j'encourage tous les chercheurs à vulgariser leur travaux, mais il ne faudrait pas que la vulgarisation soit presque une condition sine qua non de financement... Loin de là... Car je pense clairement que "bonne vulgarisation" ne dit pas "bon travail de recherche", et vice versa. Par contre, il est important à mon avis pour un chercheur de bien présenter ses travaux, mais cela seulement auprès de sa communauté scientifique.

    Ensuite, je pense que l'on peut trouver de bons arguments pour vulgariser, et vous les mentionnez. Mais mon problème avec la vulgarisation scientifique actuelle, c'est qu'elle est trop factuelle. On étale des connaissances scientifiques, que l'on simplifie pour être accessibles. Est ce qu'il ne faudrait pas plutôt vulgariser une démarche ou un raisonnement scientifique, plutôt qu'un savoir ?

  • #2

    Science et partage (lundi, 11 mai 2015 13:00)

    Bonjour Anaïs,

    Je suis bien d'accord avec vous : la vulgarisation est avant tout un acte altruiste, bien plus qu'un moyen d'obtenir des financements.
    L'idéal est de parvenir à vulgariser des faits et une démarche, tout en racontant une histoire à même d'intéresser même des gens rétifs aux sciences. Pas facile !

  • #3

    LunedeSable (jeudi, 04 juin 2015 15:09)

    Bonjour,

    Je suis tout à fait d'accord avec la liste de raisons proposée. Travailant en agence de communication depuis près de 10 ans, je rajouterai celle qui m'occupe le plus souvent : valoriser l'objet de la recherche. Dans mon cas, c'est souvent des nutriments (vitamine D, oméga 3... Pour ne citer que les plus connus) ou des "régimes". Qu'en pensez vous ?

  • #4

    Science et partage (jeudi, 04 juin 2015 15:50)

    Vous avez tout à fait raison, dans le cas de recherches industrielles ou ayant des retombées industrielles, il est très utile de vulgariser. A condition d'être dans une vraie démarche de partage du savoir, et pas dans un discours imitant la science dans un but marketing, comme on le voit dans certaines pubs.