Parlons de ce que nous ignorons

Stuart Firestein, neurobiologiste
Stuart Firestein, neurobiologiste

Vulgariser, d’accord, mais de quoi parler ? « De résultats »,  affirmeront certains journalistes scientifiques.  « De la démarche scientifique », soutiendra le chercheur. « Aidez-nous à comprendre ce qui se passe aujourd’hui en science », supplieront les néophytes. « Parlez-nous des dangers des recherches », réclameront les pessimistes, tandis que les enthousiastes demanderont au contraire : « Faites-nous rêver, racontez-nous les technologies de demain ».

 

Dans une interview parue le 17 avril au Journal du CNRS, le neurobiologiste américain Stuart Firestein s’intéresse, quant à lui, à ce que l’on ne sait pas. Car ce que tout le monde ignore « évolue en parallèle avec la connaissance parce que chaque chose apprise ou découverte suscite de nouvelles ET de meilleures questions », observe-t-il. « Les erreurs jouent en effet un rôle fondamental en science, mais elles ne sont jamais publiées ».

 

A parler uniquement de ce que l’on sait, on donne l’impression d’une science figée, hautaine voire dogmatique. Pire, on transmet l’idée que la science progresse de façon continue. « Or la réalité est toute autre, constate Stuart Firestein. Nos avancées scientifiques sont faites de périodes de calme plat, de retours en arrière et de confusion. Ces épisodes de l’histoire scientifique ne sont jamais racontés. »

 

Il souligne aussi l’importance de s’interroger sur ce qui nous paraît évident, puisque c’est ce qui nous permet de « conserver l’ouverture d’esprit nécessaire pour explorer des territoires inconnus. » On l’a vu encore récemment avec le film de Véronique Kleiner « pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes », montrant que ce qui paraît naturel (la plus petite taille des femmes) est en fait en grande partie une construction sociale.

 

Dans la même veine, une nouvelle collection de livres pour enfants a récemment vu le jour. Elle s’intitule « ce qu’on ne sait pas encore » sur l’univers, les gènes ou la reproduction. Voilà qui est bien plus intéressant que l’habituelle liste de tout ce que l’on sait.

Alors peut-être que la meilleure façon de comprendre les sciences est de demander aux scientifiques de nous parler de ce qu’ils ne savent pas !

 

Cécile Michaut

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