jeu.

13

nov.

2014

Les 5 erreurs à éviter en vulgarisation

Vous souhaitez partager votre passion des sciences avec un large public ? Excellente idée, mais avant de vous lancer, mieux vaut connaître les erreurs les plus fréquentes en vulgarisation… et les éviter

 

-          Méconnaître le niveau de son public. Beaucoup de chercheurs, croyant s’adresser au grand public, s’adressent à des personnes de niveau bac, voire bac scientifique. Or, c’est plutôt un niveau troisième qu’il faut viser. Mais attention, ne pas surestimer le niveau de connaissance ne signifie pas sous-estimer l’intelligence de votre public. Ou, pour le dire plus crûment, ce n’est pas parce qu’ils savent en peu dans votre domaine qu’il faut les prendre pour des cons.

 

-          Faire un cours. Non, le lecteur ou l’auditeur de votre conférence n’est pas un élève, et vous n’êtes pas son professeur. Abandonnez donc le ton professoral (souvent légèrement condescendant, même si l’on ne s’en rend pas compte), au profit d’un ton plus léger, comme dans une discussion. Essayez de connaître les motivations de votre public : souhaite-t-il s’informer ? Se cultiver ? Se distraire ? Vos propos ne seront pas les mêmes !

 

-          Se laisser aller au jargon. Vous vous étiez promis, pourtant, que vous banniriez de votre discours tout mot ne figurant pas dans un dictionnaire, comme supercondensateur ou mitochondrie. Mais le jargon se cache aussi dans des mots qui apparaissent simples, mais n’ont pas la même signification en sciences et dans le langage courant. « Contraindre le modèle », « exprimer une protéine », ou même la « sensibilité d’un appareil » ne signifient pas grand-chose pour le public. Cependant, ce jargon est difficile à détecter, d’autant plus que le chercheur l’utilise tous les jours. La solution : soumettez vos explications à un ami non-scientifique et demandez-lui de vous arrêter dès qu’il ne comprend pas.

 

-          Croire qu’il faut être ennuyeux pour être sérieux.  « La gravité est le rempart de la sottise », affirmait Montesquieu. Pourtant, pour beaucoup de scientifiques, il est hors de question de risquer un trait d’humour, ou même une pointe de poésie lors d’une conférence ou dans un livre. Peur de dévaloriser la science, de l’ôter d’un piédestal ? Dommage, car en matière de vulgarisation, tout est permis : faire rêver, faire rire, provoquer des émotions,… la seule vraie interdiction : ennuyer le public !

 

-          Vouloir tout dire. La science est tellement passionnante que vous avez envie de tout raconter : les dernières découvertes, leur histoire, les prouesses techniques qui ont permis ces résultats, les méthodes utilisées, etc. Mais vos interlocuteurs, eux, qu’en retiendront-ils ? Probablement très peu, et pas forcément ce que vous souhaitez. Ce n’est pas à eux, mais à vous de faire le travail de tri et de hiérarchisation. Si vous êtes capable de résumer votre conférence, votre article, voire votre livre en une seule phrase, vous avez fait presque tout le boulot.

 

Et pour vous, quelles sont les principales erreurs en vulgarisation ?

 

Cécile Michaut

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Commentaires : 8
  • #1

    RL (jeudi, 13 novembre 2014 16:39)

    Merci d'avoir regroupé ici ces bons conseils de vulgarisation.
    Même si pour la forme j'aurais préféré lire une approche positive (par ex : "5 qualités à exprimer dans une démarche de vulgarisation"), j'ai trouvé le contenu très intéressant et complètement pertinent !
    Mon conseil face à une assistance hétérogène en niveau : commencer simple et faire quelques brèves échappées techniques en fin de prestation pour satisfaire le public le plus exigeant, en prenant soin de "raccrocher" son public le moins averti entre chacune de ces échappées.

  • #2

    scienceetpartage (jeudi, 13 novembre 2014 16:42)

    Dans un prochain post, je parlerai des choses positives, des trucs et astuces pour réussir la vulgarisation.
    Aller du plus simple au plus complexe est une bonne méthode : le public accepte de ne pas tout comprendre, mais il n'accepte pas (et on le comprend !) d'être largué dès le début !

  • #3

    Marie.girod@wanadoo.fr (vendredi, 14 novembre 2014 14:26)

    Enfin un livre sur la vulgarisation scientifique! Il sera très utile a tous ceux qui communiquent sur la science. Cécile Michaut n'a pas oublie le livre qui lie a l'experience est un excellent passeur de connaissances.

  • #4

    scienceetpartage (vendredi, 14 novembre 2014 16:48)

    Merci Marie !
    En effet, le livre garde toute sa pertinence, il est complémentaire aux outils numériques.

  • #5

    @Eni0tna (vendredi, 14 novembre 2014 20:52)

    Etre légitime. Ca ne veut pas dire nécessairement être spécialiste du domaine, ça dépend du niveau du public. Mais il ne faut pas s'embarquer sur un terrain sur lequel le public poserait des questions auxquelles on ne saurait pas répondre. C'est donc lié à la 1ère erreur listée dans ce chouette article.

  • #6

    Scienceetpartage (lundi, 17 novembre 2014 08:32)

    Ce n'est pas grave si le public pose une ou deux questions auxquelles on ne sait pas répondre... à condition d'être honnête et de ne pas dire n'importe quoi si on n'a pas les réponses.

  • #7

    Claire Le Lay (mercredi, 17 décembre 2014 17:43)

    Je pense que faire passer de façon compréhensible ce que l'on croit connaître ou ce que l'on connait bien est très difficile et je suis totalement d'accord avec le dernier paragraphe de Cécile. A vouloir tout dire, on noie très souvent son public sous une somme de détails. Souvent, c'est lorsque l'on est passionné par le sujet.
    Laisser des blancs et faire participer son public activement est souvent très intéressant.
    Ensuite, je pense qu'il est impossible de bien enseigner les sciences si l'on ne domine pas son sujet. Pour bien enseigner au niveau du collège, il faut avoir une vision globale, que seul un niveau de culture scientifique suffisant peut donner.
    Bravo en tout cas à Cécile pour ce livre clair et didactique.

  • #8

    scienceetpartage (mercredi, 17 décembre 2014 18:18)

    Merci Claire !
    Tu as raison, faire participer dès qu'on en a la possibilité est un des secrets d'une bonne vulgarisation.